Pas l'amende : la faute inexcusable
On pense souvent que le principal risque lié à l'absence de DUERP est l'amende de 1 500 €. C'est une erreur. Le vrai danger financier se situe ailleurs : en cas d'accident du travail, l'absence ou l'obsolescence du DUERP permet aux juges de caractériser plus facilement la faute inexcusable de l'employeur — une notion prévue à l'article L.452-1 du Code de la sécurité sociale.
Ce qui change si la faute est retenue
Quand la faute inexcusable est reconnue, l'indemnisation du salarié (ou de ses ayants droit en cas d'accident mortel) est majorée par rapport à l'indemnisation standard de la Sécurité sociale. Cette majoration peut couvrir des préjudices habituellement peu ou pas indemnisés : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, perte de qualité de vie.
Selon les circonstances, une partie de cette majoration peut rester à la charge personnelle de l'employeur, en dehors du cadre protecteur habituel de la cotisation accidents du travail — notamment si l'assurance considère que le défaut de DUERP relève d'une négligence caractérisée plutôt que d'un aléa couvert.
C'est cette bascule — d'un risque mutualisé et plafonné vers une responsabilité potentiellement personnelle et non plafonnée — qui rend le DUERP si important dans les métiers à risque comme le BTP : chutes de hauteur, usage de machines, exposition à des produits dangereux sont autant de situations où un accident grave reste toujours possible, même avec les meilleures pratiques.
Un DUERP à jour ne suffit pas à tout effacer, mais il change la donne
Avoir un DUERP en bonne et due forme ne vous met pas à l'abri de toute mise en cause en cas d'accident — mais il démontre que vous avez identifié les risques et pris des mesures de prévention en conséquence, ce qui est précisément ce que les juges examinent pour apprécier une éventuelle faute inexcusable. C'est votre meilleure ligne de défense, documentée et datée.